Événements,  Société

Afropunk, problématique?

Notre équipe s’est rendue à New York en Août 2018 pour assister au rassemblement de la jeunesse noire flamboyante : le festival Afropunk. 

Afropunk, c'est quoi?

Bien plus qu’un festival de musique, Afropunk un véritable mouvement d’empowerment, le lieu rencontre et d’échange de plusieurs figures importantes des communautés noiresSur le site de l’organisation,  on parle “d’un environnement sécuritaire (safe place)” où il est possible de “construire une nouvelle réalité, vivre [sa] vie à [sa] guise, tout en donnant un sens au monde qui [nous] entoure”. En d’autres termes, le festival se veut être un espace où il est possible d’être pleinement soi, de se défaire des injonctions normatives qui emprisonnent nos libertés et empêchent l’affirmation de nos identités.  

Mais voilà, l’été 2018 a été marqué par une série de scandales remettant en question l’intégrité de l’organisation et re-questionnant la pertinence du discours porté par cette dernière.  Démission du rédacteur en chef, le prix des billets à des tarifs exorbitants (le festival était gratuit  à l’origine)  et surtout l’expulsion de la section VIP de l’écrivaine, modèle, activiste et survivante du cancer Ericka Hart ainsi que son conjoint. 

Pendant sept ans, Afropunk a été pour Ericka “un paradis sécuritaire […] quand la plupart des rassemblements queer étaient blancs” mais après l’incident dont elle a été victime, elle a décidé, à contre-cœur, de ne plus jamais y mettre les pieds. 

homme noir avec tenue africaine

Expulsion d'Ericka Hart

En août 2018, alors qu’elle assistait à un concert dans la section VIP avec son conjoint qui portait un t-shirt où était inscrit au marqueur noir : “Afropunk sold out for white consumption, “afropunk vendu pour la consommation blanche”, iels ont été explusé.e.s violemment  de la section  par la sécurité sous les ordres de Matthew Morgan, le fondateur du festival. Que voulaient-iels revendiquer par ce message qui, de prime abord, peut sembler particulièrement violent? Nous y reviendrons plus tard.  Il convient en premier lieu de soulever un point important: la réaction de l’organisation. 

Afropunk qui se définit comme un environnement sécuritaire, un espace où les paroles peuvent être déployées en toute liberté a pourtant,  par cette action, muselé la voix de l’une des activistes new-yorkaises  les plus influentes de sa génération. De toutes les libertés qui ont été ôtées aux communautés noires des siècles durant, l’expression ou la narration propre est l’une qui a sans nul doute causé les plus grandes névroses (nous reprenons ici Fanon) et les plus profondes fractures dans la construction identitaire. Comment l’organisation pouvait-elle alors les contraindre au silence? 

Suite aux dénonciations publiques d’Ericka Hart, nous espérions recevoir des excuses à la hauteur du préjudice subi, une remise en question des méthodes de l’organisation et peut-être même l’annonce de restructurations à venir. Au contraire, le 5 septembre 2018, via leur compte instagram, ce sont des excuses d’une agressivité passive à peine voilée qui ont été adressées à l’activiste et son conjoint.

Coup de massue supplémentaire dans un mur déjà bien endommagé, Lou Constant-Despostes, rédacteur en chef, présentait sa démission en invoquant des manquements éthiques. Sa voix fut également mise sous silence par l’organisation qui quelques jours après sa déclaration publique bloquait son compte instagram. 

Diane Gistal et Taigenz
©Felisha Carrasco

Les revendication d'Érika Hart

Revenons à présent aux revendications d’Ericka et de son conjoint. Le t-shirt qu’ iels aboraient dénonçait le blanchissement du festival, sa “coachelistaion”. Qu’est-ce que cela signifie de manière concrète?

À l'origine destiné aux communautés noires marginalisées, Afropunk semble avoir perdu sa vocation initiale, empêtré dans l'idéologie d'une Amérique capitaliste mettant en avant les bénéfices, le profit, la satisfactions des actionnaires plutôt que les intérêts des plus démuni.e.s de la communauté.

Une organisation qui prêche le “pour nous, par nous” mais propose des tarifs non abordables, empêchant ainsi les personnes issues de milieux défavorisés d’accéder au festival.  Les privilège liés au statut social et à la couleur qui sont dénoncés avec tant de hardiesse par l’organisation perdent  donc  La question délicate de l’association du capitalisme et activisme ou entrepreneuriat social doit être poser.    

Cette situation  nous rappelle à point l’enfer est pavé de bonnes intentions. D’ailleurs doit-on toujours soutenir Afropunk? Doit-on créer un autre espace sécuritaire? Quoi qu’il en soit,  Afropunk New-York a été une expérience inoubliable pour notre équipe. 

Nous sommes ravi.e.s de contribuer au développement d’organisations tenues par des personnes noires  et croyons qu’il est important de soutenir notre entrepreneuriat, mais à quel prix?    

Il n’en demeure par moins qu’Afropunk a été pour notre équipe une formidable expérience, un espace où nous avons réalisé que black was really magic*.

 

believe in yourself Afropunk
Un couple allongé Afropunk fest

À l'origine destiné aux communautés noires marginalisées, Afropunk semble avoir  perdu sa vocation initiale, empêtré dans l'idéologie d'une Amérique capitaliste mettant en avant les bénéfices, le profit, la satisfactions des actionnaires plutôt que les intérêts des plus démuni.e.s de la communauté.

Fondatrice de NI. Diane est une passionnée d'Histoire et de littérature.

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